Home Textes
Textes

 Frank Chouraqui, Koç University, Istanbul
La Chair des Images: Merleau-Ponty Entre Peinture et Cinéma

 

 

compte rendu de The Flesh of images.

 


 

 

Sergio Aguilera; Investigaciones Fenomenológicas, n. 12, 2015
UNA DEFORMACIÓN SIN PRECEDENTES. MARCEL PROUST Y LAS IDEAS SENSIBLES

 

 

compte rendu de Una Deformación sin precedentes. Marcel Proust y las ideas sensibles.

 


 

 

THE FLESH OF THE VISUAL:
AN INTERVIEW WITH MAURO CARBONE

Sophie Koeller & Louis Cheng

Vassar College

This interview was originally published in the Vassar College Journal of PhilosophyIssue 2.

Lire la suite...
 

Mauro Carbone, Université Jean Moulin Lyon 3 – I.U.F.

 « Pourquoi la philosophie raconte-t-elle des histoires ? »


Introduction



La philosophie raconte des histoires pour plusieurs raisons. Pour mieux expliquer ce qu’elle veut dire, par exemple. C’est le cas de Gilles Deleuze qui évoque un conte de Charles Dickens intitulé L’ami commun, dans son dernier écrit publié de son vivant, pour essayer de clarifier sa formule, abstraite et technique, de « transcendantal impersonnel ». Cette raison pour raconter des histoires est intéressante à analyser. Tout d’abord, quelqu’un pourrait affirmer qu’une telle raison montre encore une fois la tendance, typique de la philosophie, à ne pas respecter l'autonomie des autres formes d’expression en les utilisant à ses propres fins. De l’autre côté, quelqu’un d’autre pourrait suggérer que la même raison manifeste aussi une certaine impuissance de la philosophie à parler de manière concrète et aisément compréhensible. D’où le recours aux histoires.
D'ailleurs, la tendance de la philosophie à la pensée abstraite ainsi que les risques implicites d’une telle tendance sont au centre d’une histoire qu’on peut considérer, et qui a été considérée, comme une sorte de « scène primitive » de la philosophie : je me réfère à l’anecdote platonicienne concernant le proto-philosophe Thalès qui, regardant les étoiles, tombe dans un puits pendant que la servante de Thrace se moque de lui.
Une telle scène primitive décrit donc la naissance simultanée et opposée de la philosophie et de la non-philosophie, les caractérisant par une série d’autres oppositions : homme/femme, vieux/jeune, haut/bas, pensée/vie (cette dernière étant symbolisée par le rire). Par là on peut entrevoir une autre raison pour laquelle la philosophie a eu et a besoin d’histoires. Milan Kundera, grand auteur de contes « philosophiques », l’a expliquée à sa manière : 

 

En 1935, trois ans avant sa mort, Edmund Husserl tint, à Vienne et à Prague, de célèbres conférences sur la crise de l’humanité européenne. L’adjectif « européen » désignait pour lui l’identité spirituelle qui s’étend au-delà de l’Europe géographique (en Amérique, par exemple) et qui est née avec l’ancienne philosophie grecque. Celle-ci, selon lui, pour la première fois dans l’Histoire, saisit le monde (le monde dans son ensemble) comme une question à résoudre. Elle l’interrogeait non pas pour satisfaire tel ou tel besoin pratique mais parce que la « passion de connaître s’est emparée de l’homme ».
La crise dont Husserl parlait lui paraissait si profonde qu’il se demandait si l’Europe était encore à même de lui survivre. Les racines de la crise, il croyait les voir au début des Temps modernes, chez Galilée et chez Descartes, dans le caractère unilatéral des sciences européennes qui avaient réduit le monde à un simple objet d’exploration technique et mathématique, et avaient exclu de leur horizon le monde concret de la vie, die Lebenswelt, comme il disait.
L’essor des sciences propulsa l’homme dans les tunnels des disciplines spécialisées. Plus il avançait dans son savoir, plus il perdait des yeux et l’ensemble du monde et soi-même, sombrant ainsi dans ce que Heidegger, disciple de Husserl, appelait, d’une formule belle et presque magique, « l’oubli de l’être ».
Élevé jadis par Descartes en « maitre et possesseur de la nature », l’homme devient une simple chose pour les forces (celles de la technique, de la politique, de l’Histoire) qui le dépassent, le surpassent, le possèdent. Pour ces forces-là, son être concret, son « monde de la vie » (die Lebenswelt) n’a plus aucun prix ni aucun intérêt : il est éclipsé, oublié d’avance.
Je crois pourtant qu’il serait naïf de considérer la sévérité de ce regard posé sur les Temps modernes comme une simple condamnation. Je dirais plutôt que les deux grands philosophes ont dévoilé l’ambiguïté de cette époque qui est dégradation et progrès à la fois et, comme toit ce qui est humain, contient le germe de sa fin dans sa naissance. Cette ambiguïté n’abaisse pas, à mes yeux, les quatre derniers siècles européens auxquels je me sens d’autant plus attaché que je suis non pas philosophe mais romancier. En effet, pour moi, le fondateur des Temps modernes n’est pas seulement Descartes, mais aussi Cervantes.
Peut-être est-ce lui que les deux phénoménologues ont négligé de prendre en considération dans leur jugement des Temps modernes. Je veux dire par là : S’il est vrai que la philosophie et les sciences ont oublié l’être de l’homme, il apparaît d’autant plus nettement qu’avec Cervantes un grand art européen s’est formé qui n’est rien d’autre que l’exploration de cet être oublié.
En effet, tous les grands thèmes existentiels que Heidegger analyse dans Être et Temps, les jugeant délaissés par toute la philosophie européenne antérieure, ont été dévoilés, montrés, éclairés par quatre siècles de roman (quatre siècles de réincarnation européenne du roman). Un par un, le roman a découvert, à sa propre façon, par sa propre logique, les différents aspects de l’existence. (M. Kundera, L’art du roman, Paris, Gallimard, 1986, pp. 17-19)



Comme on vient de le lire, Kundera, à la suite de Husserl, indique dans les caractères des Temps modernes la raison pour laquelle la philosophie, développant sa tendance à la pensée abstraite, a eu besoin des histoires – les histoires racontées dans les romans – pour faire référence aux « grands thèmes existentiels ». Mais l’anecdote platonicienne que j’évoquais plus haut suggère de faire remonter cette raison à la naissance même de la philosophie. En effet, depuis la chute du proto-philosophe et le rire de la servante de Trace, la philosophie s’est traditionnellement méfiée de la vie, elle l’a toujours tenue à distance, et c’est précisément pour essayer quand même de traverser cette distance qu’elle n’a pas cessé d’avoir besoin d’histoires.


 

Vient de Paraître
 La géophilosophie de Gilles Deleuze
entre esthétiques et politiques

 

mauro_unprecedent.jpg

 

Mauro Carbone

PRESENTATION

 

« Géophilosophie », c’est, on s’en souvient, le titre du quatrième chapitre de Qu’est-ce que la philosophie ?, le dernier ouvrage publié, en 1991, par Gilles Deleuze et Félix Guattari. Pourquoi donc consacrer une réflexion collective à « La Géophilosophie de Gilles Deleuze », comme on l’a fait à l’Université Lyon-3 en automne 2010 à l’occasion du Colloque international dont le présent volume recueille les actes ? Sans sous-estimer l’importance de la contribution de Félix Guattari à la caractérisation de la « Géophilosophie », ce colloque visait à solliciter une réflexion collective axée, évidemment, sur cette caractérisation et sur ses avals, mais aussi sur ses amonts – et même sur les amonts les plus lointains – dans la pensée deleuzienne. Ce choix entendait souligner la riche actualité de la notion de « Géophilosophie » et, en même temps, rendre pour la première fois hommage aux années d’enseignement de Deleuze à Lyon. Bien entendu, il s’agit d’années fort éloignées de celles où cette notion apporte la réponse à la question : Qu’est-ce que la philosophie ?, mais il s’agit aussi d’années qui sont déjà traversées par les préoccupations qui vont amener Deleuze à écrire explicitement, dans Logique du sens – l’ouvrage publié l’année même où il quittait, après cinq ans, son enseignement à Lyon :

Quand on demande « qu’est-ce que s’orienter dans la pensée ? », il apparaît que la pensée présuppose elle-même des axes et des orientations d’après lesquelles elle se développe, qu’elle a une géographie avant d’avoir une histoire, qu’elle trace des dimensions avant de construire des systèmes.1

On trouve déjà ici – et on la trouverait aussi dans Différence et répétition2 – l’exigence deleuzienne de reconnaître les racines géographiques de la philosophie pour l’arracher aux abstractions de son histoire : la même exigence qui conduira Deleuze et Guattari à thématiser les relations entre la terre et les territoires par la notion de « Géophilosophie ». En arrachant la philosophie à des telles abstractions, cette notion rend manifeste et pense à nouveaux frais les relations entre les implications esthétiques et politiques du penser philosophique. En effet, la « Géophilosophie » ne peut qu’avoir, au premier chef, un incontournable caractère « esthétique » au sens étymologique du terme, puisqu’elle a affaire au rapport sensible de nos corps avec leur territoires ainsi qu’avec la terre. D’autre part, ce caractère « esthétique » est lui-même immédiatement « politique », puisque le rapport de nos corps avec leurs territoires et avec la terre pose le problème de la politique entendue comme construction de l’espace du vivre-ensemble. C’est pourquoi le colloque lyonnais envisageait « La Géophilosophie de Gilles Deleuze entre esthétiques et politiques ».
Enfin, en renouvelant les relations entre les implications esthétiques et politiques du penser philosophique, la notion de « Géophilosophie » ne peut évidemment que renouveler l’idée même de philosophie. Deleuze et Guattari confient finalement cette dernière à l’éternel retour de sa contingence : cette contingence qui infiniment exige d’elle – expliquent-ils – « de diagnostiquer nos devenirs actuels ».3 C’est dans l’esprit de cette exigence que la réflexion collective ici recueillie a été sollicitée. C’est à cet esprit qu’elle répond.


Mauro Carbone
(Institut de Recherches Philosophiques de Lyon)

 

 

1 G. Deleuze, Logique du sens, Paris, Minuit, 1969, p. 152 (je souligne).
2 C’est ce que Manola Antonioli met en évidence dans son livre consacré à la « Géophilosophie » :
« La production de Deleuze antérieure à la rencontre avec Guattari pourrait au premier abord paraître éloignée des perspectives géophilosophiques qui nous intéressent ici, mais ou pourrait assez aisément démontrer qu’elle s’y inscrit déjà à sa façon, au moins depuis la parution de Différence et répétition en 1968 » (M. Antonioli, Géophilosophie de Deleuze et Guattari, Paris, L’Harmattan, 2004, p. 21).

3 G. Deleuze et F. Guattari, Qu’est-ce que la philosophie ?, Paris, Minuit, 1991, p. 108.

 


Page 1 de 2

Dernières Actualités

En Librairie

jap.jpg


copertina_libro_cinese.jpg


copertina_libro_cinese.jpg


copertina_libro_cinese.jpg


chiasmi17.png


chiasmi_small.gif


chiasmi_small.gif


chiasmi_small.gif









***

Dernière NEWSLETTER [JANVIER] du Laboratoire permanent de recherche Vivre par(mi) les écrans.

***

Le projet de recherche

L’INTERIORISATION DES ECRANS ET SON IDEOLOGIE

élaboré sous la responsabilité scientifique de Mauro Carbone retenu comme

PROJET « BOURGEON » 2019

par l’Université Jean Moulin Lyon 3.

resume du projet

AUDIO

Mauro Carbone

Deux minutes papillon

Par Géraldine Mosna-Savoye, France Culture

02.01.2017 | "Philosophie-écrans : du cinéma à la révolution numérique" de Mauro Carbone.

 

cliquez ici

AUDIO (2)

Mauro Carbone

Qu’est-ce qu’une
« philosophie-cinéma » ?
La réponse du jeune Sartre via Bergson.

05.2013 | Conférence de Mauro Carbone dans la partie intitulée "Une philosophie-cinéma" du colloque Le cinéma de Bergson: Image -Affect - Mouvement.

 

cliquez ici

audio (3)

Mauro Carbone

Être morts ensemble – le 11 septembre 2001 

Conférence à la Société philosophique de Bourgogne, Dijon, le 27 novembre 2013.

cliquez ici

AUDIO (4)

Mauro Carbone

Les Nouveaux Chemins de la Connaissance
Emission d’Adèle Van Reeth sur France Culture

Lundi 14 mai : Merleau-Ponty et la mélodie de la nature (Emission enregistrée le 12 mai à 10 h dans la salle des Dominicains de St Emilion).

 

cliquez ici

audio (5)

Mauro Carbone

Le Cézanne
des philosophes français : Merleau-Ponty, Lyotard, Deleuze, Maldiney.

Conférence du 9 février 2012 dans le cadre de l’exposition Cézanne et Paris (Paris, Musée du Luxembourg).

cliquez ici

comptes rendus

Conférence du philosophe Mauro Carbone, à l’invitation de la société danoise de philosophie de langue française.

cliquez ici

master

NOTICE SUR LA REDACTION D’UN MEMOIRE DE MASTER.

cliquez ici

Qui est en ligne ?

Nous avons 5 invités en ligne